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N°37 // Décembre 2017

AVANT-PROPOS

Au sommaire de cette newsletter hivernale, une interview de Lisa Jean, cheffe de mission au Soudan et une autre d'Abou-Bakr Mashimango, chef de mission en République Centrafricaine. Ils vous racontent leurs parcours et les programmes qui leur tiennent à cœur.

N'oubliez pas la rubrique « Questions d'humanitaire », c'est la vôtre !
Envoyez-nous vos questions sur le métier d'humanitaire, les équipes du siège et du terrain vous répondront :  communication@trianglegh.org.

Interview de Lisa Jean, cheffe de mission au Soudan

LISA-JEAN

Lisa Jean au côté de l'omda (maire) de Muradaf à proximité d'Um Dukhun - Darfour central - SOUDAN
Photo : Yousif Ibrahim Yousif / TGH ©

1/ Quelle sont les missions menées actuellement par TGH au Soudan ?

TGH travaille au Soudan depuis 2004, et actuellement dans deux des cinq états du Darfour - le Darfour-Central et le Darfour-Ouest - composés respectivement de 2,5 millions et 905 000 habitants. Historiquement, TGH dispose d'une base à Geneina, capitale du Darfour-Ouest, et dans deux zones reculées et rurales du Darfour-Central, Bindizi et Um Dukhun. En 2014, TGH a également ouvert une base à Zalingei, capitale du Darfour-Central, pour intervenir dans les camps de déplacés internes de Teiba et El Salam. Depuis 2017, de nouvelles zones de conflits ont été ouvertes à l'aide humanitaire. TGH s'est positionnée sur l'une des villes affectée par les conflits violents du Jebel Mara en 2016, opposant le gouvernement et la faction du SLA (Armée de Libération du Soudan) menée par Abdul Wahid. Plus de 130 000 civils ont été déplacés à l'issue de ce conflit.
Depuis l'ouverture de la mission, TGH au Soudan travaille sur l'accès à l'eau (réhabilitation ou construction de points d'eau d'urgence ou durables selon le contexte), la promotion à l'hygiène et l'assainissement (construction de latrines, par exemple). Des activités connexes, telles que la distribution de biens de première nécessité (couvertures, jerrycans, matelas, sets de cuisine, etc.) et d'abris sont aussi menées par TGH dans les situations d'urgence. L'ONG participe également à la sécurité alimentaire des populations les plus vulnérables et s'attelle à assurer la durabilité de ses actions en proposant des activités liées aux moyens de subsistances des personnes. Depuis 2017, TGH a également repris ses activités dans le secteur éducatif, notamment dans les zones de retournés à la frontière avec le Tchad. Les retournés sont des Soudanais réfugiés au Tchad lors du conflit armé au Darfour et de retour sur leurs terres soudanaises suite à une relative amélioration des conditions de sécurité et à la diminution de l'aide humanitaire au Tchad.

2/ Quelle est la situation du pays aujourd'hui ?

Le Soudan baigne aujourd'hui dans une atmosphère de soulagement et de méfiance. Le 6 octobre dernier, la levée par l'administration américaine des sanctions économiques qui pesaient sur le Soudan depuis 1997 représentait une décision historique. Elle a été conditionnée par un certain nombre de mesures prises par le gouvernement soudanais, notamment pour faciliter le travail humanitaire au quotidien ainsi qu'en termes d'accès à l'aide humanitaire dans des zones jusqu'alors fermées. Les résultats ne sont pas encore très visibles sur le terrain. J'observe donc une attitude prudente vis à vis du « changement » actuel. Sur la forme, les avancées en termes d'accès sont toujours marginales, même si elles existent. L'ouverture demeure fragile et lourdement conditionnée à diverses autorisations des autorités. Le lancement d'une campagne de désarmement par le gouvernement constitue aussi une avancée de principe, bien que le processus ne soit pas encore assez engagé pour en constater la teneur sur le terrain. Dans le fond, peu de choses ont changé, et le temps seul permettra de constater les évolutions réelles. Obtenir des informations claires reste un défi, les règles demeurent variables et la situation sécuritaire, économique et politique, extrêmement volatile.

3/ Comment se déroulent tes missions ? Combien de temps durent-elles ?

La mission Soudan est gérée à distance depuis Khartoum. Des équipes permanentes soudanaises sont sur le terrain mais les expatriés sont basés à Khartoum et se déplacent régulièrement au Darfour. Pour des raisons de sécurité, les expatriés ne peuvent pas rester sur la même base plus d'une semaine. Les missions sur le terrain constituent les moments les plus riches. Elles donnent un certain éclairage sur les réalités soudanaises et les difficultés liées au travail humanitaire. Elles permettent d'appréhender la physionomie de la zone d'intervention ainsi que la situation politico-humanitaire propre à chaque localité. Or, le temps nous est compté et les possibilités en général assez restreintes lors de ces courts déplacements.
Dans la mesure du possible, j'organise mes missions de façon à disposer d'un temps suffisant sur le terrain pour des évaluations ainsi que pour travailler et échanger avec les équipes. J'essaie aussi de me rendre sur toutes les bases lors de mes déplacements pour avoir une idée claire de tous les projets en cours et des difficultés rencontrées par les équipes.

4/ Y-a-t-il un projet qui te tienne à cœur ?

Pour être tout à fait honnête, tous les projets me tiennent à cœur ! Hiérarchiser serait une tâche ardue.

Beneficiaries taking water

Enfants bénéficiaires du programme prenant l'eau du robinet au nouveau réservoir d'eau de Nertiti - Darfour Central – Soudan
Photo : TGH ©

Certains villages de retournés d'Um Dukhun dans lesquels TGH était l'une des seules organisations à apporter une première assistance en 2015, avec des projets eau-hygiène-assainissement principalement, bénéficient aujourd'hui d'activités liées à l'éducation, menées par la mission. Là où les besoins les plus urgents ont été couverts pendant les deux premières années suivant leur retour, les populations de ces villages bénéficient désormais de projets de développement. Cette continuité et cet aboutissement donnent une certaine satisfaction aux équipes qui composent la mission.
Le projet eau-hygiène-assainissement à Golo est aussi très important pour la mission de par sa nouveauté. Cette zone très récemment affectée par de violents conflits est restée inaccessible aux ONG pendant près d'un an. Parmi les défis quotidiens de la population du Jebel Mara, se posent ceux, cruciaux, de la nourriture et de l'eau. Avec le projet en cours, TGH contribue à une amélioration des conditions de vie grâce à l'accès à l'eau et à l'hygiène. Cependant, la récente ouverture a révélé de nombreux besoins urgents et TGH proposera de nouvelles interventions au cours de l'année 2018 (Protection, Eau-hygiène-assainissement, Sécurité alimentaire).

5/ Depuis quand travailles-tu dans l'humanitaire ? Quel est ton parcours ?

Portée par des valeurs humanitaires et un besoin de changement, j'ai quitté le monde de l'entreprise en 2015 après un entretien passé à TGH dans le but de partir en mission au Soudan. Je souhaitais me confronter aux réalités humanitaires et élargir mes perspectives professionnelles ainsi que ma vision du monde. Mon projet était de rester 6 mois. Je vis au Soudan depuis plus de deux ans ! La mission TGH au Soudan constitue ma première expérience dans l'humanitaire, mon école ! Elle m'a passionnée et m'a beaucoup appris. Avant de partir, j'avais effectué une formation en ligne spécialisée sur la gestion financière des organismes de solidarité internationale. Juriste de formation j'ai un parcours varié constitué d'études de sciences politique et finances. Mes expériences professionnelles reposent sur des activités en Europe et à l'étranger dans différentes structures publiques et privées. Désormais, je sais que mes prochains choix professionnels se dirigeront naturellement vers des missions humanitaires.

Interview d'Abou-Bakr Mashimango, chef de mission en République Centrafricaine

ABOU-BAKAR MASHIMANGO

Abou-Bakr Mashimango avec un groupe d'enfants bénéficiaires des programmes de TGH à Djoubissi - Préfecture de la Ouaka – République Centrafricaine
Photo : Anour Sallet / TGH ©

1/ Depuis combien de temps travailles-tu pour TGH ? Quel poste occupes-tu ?

Je travaille pour TGH depuis le 29 mars 2016.  J'occupe le poste de Chef de Mission, en République Centrafricaine.

2/ Comment as-tu connu l'ONG ?

C'est lors d'une mission de consultance effectuée en RCA de mai à juillet 2014 avec le Centre International d'Etudes et Recherches sur les Conflits Armés (CIERCA), en partenariat avec le cabinet Sawa Consulting, issu de l'association Recherches Humanitaires-Ressources Humanitaires (RH²), que j'ai découvert  la « toute petite ONG TGH aux immenses actions » en RCA et dans le monde. A l'époque c'était Ali Abderahmane, fin connaisseur du contexte, des facteurs et acteurs de la crise, qui exerçait les fonctions que j'occupe actuellement.
Mais la connaissance de TGH s'est approfondie lorsque je travaillais à la Croix-Rouge française en tant que Délégué Sécurité et Sûreté, et s'est confirmée quand j'occupais les fonctions de Safety Advisor, chargé de la région INSO Est, avec comme base Bambari.

3/ Comment s'organisent tes journées de travail ? Quelles sont tes missions ?

Ma journée de travail n'est pas du tout différente de celles des autres Chefs de mission ou Directeurs Pays en RCA. Je peux dire : lecture des mails, réponse aux urgences, suivi de l'évolution de la situation sécuritaire, suivi des programmes, relation avec les bailleurs/partenaires, etc.

Mes missions s'articulent autour des tâches suivantes :

  • Gestion de la sécurité ;
  • Représentation de l'organisation auprès des autorités nationales, des partenaires, des bailleurs de fonds et autres organisations internationales (Agences UN, UE, UA, ONG, etc.) ; 
  • Définir et mettre en œuvre la politique et la stratégie de la mission : identification des besoins et définition des réponses, propositions d'interventions  et de pistes de développement pour la mission ;
  • Recherche de financements, ce qui implique l'entretien de bonnes relations avec les bailleurs/partenaires
  • Gestion et coordination des équipes : encadrer les équipes et s'assurer de la bonne mise en œuvre des programmes sur la mission, ainsi que du bon dimensionnement humain de la mission ;
  • Communication interne et externe.

4/ Dans quelles zones du pays interviens-tu ? Y-a-t-il des risques dans certaines de ces régions ?

Ce n'est pas moi qui interviens, mais TGH. Outre Bangui, TGH s'est donné l'immense défi d'intervenir dans la Vakaga, région oubliée et enclavée, où seules 2 ONG internationales sont présentes. TGH est également dans la préfecture de Bambari, réputée être le bastion des groupes armés avant que ne soit décrété le dispositif « Bambari, ville sans groupes armés ». Comme vous pouvez l'imaginer, les risques sécuritaires sont éminents dans les deux régions.

5/ Y-a-t-il un projet qui te tienne à cœur ?

Au vu des besoins des bénéficiaires et des réponses apportées, tous les projets que mène TGH sont pertinents et me tiennent à cœur. Mais je dois avouer que j'ai un petit penchant pour tout ce qui touche à l'éducation.

Pour plus d'informations sur nos projets, voir la rubrique Nos actions sur le site de TGH.

QUESTION D'HUMANITAIRE

Quelle(s) étude(s) pour travailler dans l'humanitaire ?

question-humanitaire

Il existe un certain nombre d'écoles spécialisées telles que l'Institut Bioforce à Vénissieux (69), l'école supérieure de commerce et de développement 3A à Lyon (69), l'ISTOM, spécialisée en agro développement international à Cergy-Pontoise (95), l'IFAID (Institut de formation et d'appui aux initiatives de développement Aquitaine) à Bordeaux (33) mais aussi des formations universitaires spécialisées ; licences professionnelles et masters dédiés aux métiers de l'humanitaire et du développement.

Des formations plus généralistes (grandes écoles de commerce ou Sciences po) sont également de bonnes portes d'entrée dans les ONG.

Enfin de très nombreux métiers trouvent leur application dans le champ de la solidarité internationale. Il faut ensuite être bien préparé à partir dans des pays où le contexte géopolitique est compliqué et où l'environnement de travail peut-être particulièrement déstabilisant.

En Bref…

14 juin 2017 :
L'Assemblée Générale a approuvé le rapport d’activité 2016 et les comptes de l'association.

Juin 2017 :
Le projet « Accompagnement au développement de pratiques agricoles durables dans un contexte d’intensification de l'agriculture », à destination des populations de trois villages du district de Bualapha au Laos s’est terminé.

Septembre 2017 :
Pour son programme « Travailler pour un bon », TGH a été reconnu « Mécène de l'année » par la municipalité de Popasna, dans l'Oblast de Louhansk en Ukraine.

7 novembre 2017 :
Le 4ème Café humanitaire s'est tenu au Café de la Cloche dans le 2ème arrondissement de Lyon. La cheffe de mission Véronique Mondon et son assistant népalais Nilesh Nakarmi ont pu échanger avec le public sur le thème "Travailler au Népal".