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N°35 // Avril 2017

AVANT-PROPOS

Présente au nord de l'Irak depuis 2013, Triangle Génération Humanitaire développe désormais sa présence dans la région en s'implantant au Liban et en Syrie

Peu d'entre nous se souviennent de ce qu'ils faisaient lorsqu'ont débuté les conflits en Irak (2003) ou en Syrie (2011). Pourtant, nous sommes tous familiers des arguments – que nous avons parfois nous-mêmes utilisés - sur l'opportunité d'intervenir ou de ne pas s'ingérer, ou sur l'attitude à adopter ou non face à des flux migratoires sans précédent.

Douze millions de personnes réfugiées ou déplacées, des centaines de milliers de morts, sans même qu'un chiffre exact puisse être donné... la sentence des chiffres est lisible : la question irakienne, et sans doute plus encore syrienne, vont accompagner la vie de chacun de nous dans les dix, quinze ou peut-être vingt prochaines années, quelle que soient la nature ou le niveau de notre engagement.

En tant qu'acteur professionnel de la solidarité internationale, TGH est de plus en plus mobilisée sur les conflits du Moyen-Orient. Présente tout d'abord au Kurdistan Irakien, puis au nord-est de l'Irak en réponse à l'urgence née des combats autour de Mossoul, TGH développe aujourd'hui sa présence dans la région en s'implantant au Liban et en Syrie, où elle espère être très prochainement autorisée à travailler.

Keiko Cornale (Irak) et Serge Gruel, nos deux représentants dans la région, témoignent.

LIBAN ET SYRIE

Ouverure d'un bureau régional à Beyrouth (Liban)

En réponse à une invitation officielle du Président du Croissant Rouge arabe syrien (SARC), Patrick Verbruggen – codirecteur de TGH – et Serge Gruel se sont rendus à Damas en septembre 2016 pour une première visite de 48 h, avec pour objectif de présenter l'association, son mandat et ses activités aux responsables du SARC et valider la possibilité d'intervenir en Syrie. A l'issue de cette rencontre, le Président du SARC a confirmé son intérêt pour TGH et s'est engagé à intervenir auprès du ministère des Affaires Etrangères syrien (MoFA) pour lancer les démarches d'enregistrement.

Derrière ce feu vert officiel se profile la stratégie de développement de TGH dans la région du Proche-Orient. En avril 2017, où en est-on ?

Serge Gruel, coordinateur régional à Beyrouth

Serge Gruel, coordinateur régional à Beyrouth – Liban
Photo : TGH ©

Entretien avec Serge Gruel, coordinateur régional, installé depuis mi-janvier à Beyrouth

Quel est l'objectif de ta présence à Beyrouth ?

Il est double. Il s'agit d'abord de finaliser l'enregistrement auprès du Croissant Rouge arabe syrien qui coordonne les opérations humanitaires des ONG internationales en Syrie depuis 2008. L'attente de ce feu vert nécessite une présence permanente sur le terrain : nous devons être pugnaces, focalisés et maintenir une communication fonctionnelle et régulière afin de répondre aux demandes des autorités syriennes (MoFA). Dernièrement, nous avons dû effectuer une présentation de nos actions humanitaires de soutien à la population réfugiée syrienne au niveau régional (programme éducatif au Kurdistan irakien, ouverture d'un bureau régional au Liban afin de soutenir les populations libanaises et syriennes affectées par la crise syrienne). La durée moyenne pour obtenir un enregistrement officiel est de 8 à 10 mois, c'est un long processus.

Le second objectif est de développer un partenariat avec l'ONG libanaise AMEL Association International. Créée en 1979 et très reconnue au Liban, AMEL intervient dans les domaines de la santé, du psychosocial et de l'éducation, de la formation professionnelle, et en soutien aux projets à destination des femmes.

A l'invitation de Joseph Dato (Humacoop), je me suis rendu aux Etats Généraux de l'Humanitaire fin 2015 à Grenoble, où j'ai rencontré le Dr. Kamel Mohanna, Président fondateur d'AMEL. Lors de notre échange, le Dr. Kamel a invité TGH à venir au Liban pour développer ensemble un partenariat « d'égal à égal ». Au-delà d'une réponse humanitaire commune, en soutien aux familles syriennes et libanaises affectées par cette crise régionale majeure, cette collaboration permet de bousculer le rapport nord/sud entre ONG qui prend peu ou difficilement en compte la capacité opérationnelle et de gestion des ONG du sud. Cette vision d'un fonctionnement plus équitable et d'une reconnaissance de ces ONG correspond à l'approche que porte TGH dans sa démarche partenariale.

AMEL et TGH partagent les mêmes valeurs, ont des budgets similaires et des secteurs d'activité sensiblement identiques. Cette similitude favorisera les échanges sur l'approche opérationnelle et la pratique, et les différences entre nos domaines d'activités permettront un enrichissement mutuel. Ce partenariat « d'égal à égal » est une chance et un défi que nous voulons relever ensemble, et aussi une possibilité concrète pour TGH de proposer une réponse humanitaire régionale sur une crise installée qui durera plusieurs années.

Serge Gruel, coordinateur régional à Beyrouth

Groupe de discussion avec des familles réfugiées syriennes, district de Hasbaiya – Liban
Photo : TGH ©

Quelle est la nature du projet avec AMEL ?

Le premier projet porte sur les secteurs Education et Livelihood (moyens de subsistance) sur une composante agricole. Nous avons délimité ensemble une zone d'intervention où AMEL opère dans l'éducation non formelle au sein de camps informels et temporaires, afin de proposer une activité complémentaire à leur action. Les camps ciblés sont installés dans les districts de Marjayoun et d'Hasbaiya (Gouvernorat de Nabatieh). Frontalière de la Syrie et d'Israël, cette zone rurale et agricole accueille quelques centaines de familles réfugiées syriennes depuis plusieurs années. Tandis que les ONG internationales visent en priorité les zones de concentration plus importante de réfugiés syriens (région Bekaa par exemple). Le VASyR (Vulnerability Assessment of Syrian Refugees 2016) fait pourtant état d'une augmentation significative du pourcentage d'insécurité alimentaire entre 2015 et 2016 dans ces régions rurales du Gourvenorat de Nabatieh. Actuellement, je finalise une évaluation sur ces zones et thématiques afin de confirmer précisément les besoins des populations.

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Quels sont les développements envisagés ?

Les besoins humanitaires en Syrie sont énormes sur l'ensemble du pays. Sur une population estimée à 22 millions d'habitants avant le conflit, plus de 4,8 millions sont aujourd'hui réfugiés dans les pays limitrophes, et plus de 6,3 millions sont déplacés internes. En Syrie, 1,7 million d'enfants ne sont plus scolarisés et plus de 13,5 millions de personnes sont considérées en besoin d'assistance humanitaire, soit plus de 50% de la population totale. C'est une crise majeure. Le positionnement de TGH en Syrie, discuté avec le Croissant Rouge en septembre dernier, est une réponse humanitaire dans les domaines de l'Eau, Hygiène et Assainissement et dans l'Education. Nous définirons plus précisément les actions et zones d'intervention une fois enregistrés en Syrie.

Le Liban accueille 1,5 million de réfugiés (dont 1,1 enregistrés auprès du HCR¹), soit une augmentation de 30% de la population libanaise, impactant de fait les services de base et fragilisant le pays.

Depuis plusieurs mois, nous étudions avec AMEL l'option de soumettre un projet en partenariat sur un financement MADAD² pour répondre au niveau régional aux besoins de la population syrienne affectée par cette crise. C'est un projet important, pluriannuel et en consortium, qui cible Education et Livelihood.

¹ Agence des Nations Unies pour les Réfugiés
² Financement mis en place en 2014 et géré par la Commission Européenne

KURDISTAN IRAKIEN

Education et protection des enfants au Kurdistan irakien

Keiko Cornale, cheffe de mission basée à Erbil, est en charge de piloter les programmes de TGH, principalement axés sur la protection de l'enfance et l'éducation. Elle s'assure que les équipes ont les moyens nécessaires pour mener à bien les actions sur le terrain, et transmet les informations nécessaires aux financeurs des projets et aux partenaires et institutions en lien avec TGH.

Interview de Keiko Cornale – cheffe de mission au Kurdistan irakien

Keiko Cornale, cheffe de mission à Erbil – Kurdistan irakien

Keiko Cornale, cheffe de mission à Erbil – Kurdistan irakien
Photo : TGH ©

Quelles sont les actions de TGH au Kurdistan irakien ?

Concrètement, les programmes que nous appelons « réguliers », notamment dans le gouvernorat d'Erbil où nous travaillons avec des réfugiés syriens et des déplacés irakiens de 2014. Nous œuvrons principalement dans la protection de l'enfance et dans l'éducation, soit par une assistance en « cash » aux familles les plus vulnérables pour leur permette de couvrir les frais de transport des enfants vers l'école, soit par des activités diverses comme par exemple dans la zone de Bardarash, où nos équipes mobiles circulent en bus de localité en localité, et proposent des activités d'appui psychosocial pour les enfants déplacés et des cours de rattrapage et de soutien scolaire.

En parallèle, en raison de l'offensive militaire lancée en octobre 2016 à Mossoul, nous avons développé un volet urgence dans les camps de déplacés pour mener des actions de protection de l'enfance et d'éducation en urgence. Dès leur arrivée dans les camps de déplacés, nous leur apportons les premiers secours psychologiques (Psychological first aid) afin de leur permettre d'avoir un premier débriefing émotionnel et de leur apporter les informations nécessaires sur les services disponibles dans le camp. Nos travailleurs sociaux identifient les enfants à risque et les enfants non accompagnés ou séparés. Ceux-ci peuvent rejoindre le Child Friendly Space, qui organise quotidiennement des activités récréatives et de soutien psychosocial. Ils prennent ainsi confiance dans leur nouvel environnement et participent par la suite à des activités d'éducation non formelle (cours de rattrapage ou d'alphabétisation).

Avec la libération progressive de Mossoul, les enfants vont-ils pouvoir retourner à l'école ?

Il faut savoir que nous parlons ici d'enfants qui ont passé deux ans ou plus en dehors de l'école, en dehors de tout système éducatif et d'environnement récréatif et ludique. Aujourd'hui, il y a bien une volonté du ministère de l'Education irakien de rouvrir les écoles. Les cours reprennent, les écoles ouvrent dans les zones nouvellement libérées, les professeurs sont recrutés. Cependant, ces enfants ont besoin d'un petit coup de main, d'un appui supplémentaire, pour réintégrer l'éducation formelle.

L'éducation en urgence soutient cette transition, pour que les enfants puissent se réinsérer aussi bien socialement que d'un point de vue éducatif dans le système formel de l'éducation.

Session de sensibilisation sur les Droits de l'Enfant à Turcomas – Kurdistan irakien

Session de sensibilisation sur les Droits de l'Enfant à Turcomas – Kurdistan irakien
Photo : TGH ©

TGH participe également à la réunification des familles séparées lors de leur déplacement. Comment se déroule ce processus ?

Pour la réunification des enfants non accompagnés ou séparés, nous travaillons avec l'équipe du Camp Management (qui gère le camp en général), la Cellule de Crise du gouvernement irakien (structure étatique en charge de la crise), et les différentes organisations spécialisées en protection de l'enfance intervenant au Kurdistan (dans et hors des camps). La première étape est d'obtenir le plus d'informations possible sur l'enfant, sa ville ou quartier d'origine, ses parents et la situation qui a porté à la séparation. Cette collecte d'informations se fait au travers de discussions avec l'enfant mais aussi avec les personnes arrivées en même temps que lui et/ou provenant de la même zone. Grâce à cela, nous identifions l'endroit où se trouve la famille et essayons d'établir un contact. Ensuite, plusieurs cas sont possibles.

Souvent, la séparation a eu lieu durant le déplacement et la famille est dans un autre camp. Dans ce cas, nous contactons les points focaux en protection de l'enfance des camps où se trouvent les familles afin de préparer la réunification. Ensuite, nous passons par le Camp Management des deux camps afin d'organiser le transfert. Dans d'autres cas, la famille peut encore être à Mossoul. Le délai est alors allongé, car des autorisations spéciales sont nécessaires pour une réunification. Après nous être assurés au préalable que cela est dans le meilleur intérêt de l'enfant, nous sommes en lien constant avec le Camp Management et la Cellule de Crise qui font partie du comité autorisant les sorties du camp. A l'inverse, quand une famille veut venir au camp, les démarches sont beaucoup plus simples. Enfin, dans le cas où une partie de la famille ayant fui ISIS en 2014 est installée ailleurs, comme à Erbil, Dohuk ou Kirkuk, il faut être sponsorisé¹ pour faire la demande de réunification hors camps. Cela prend plus de temps, notamment à cause des contrôles de sécurité.

Bien sûr, ces processus ne se font pas en une nuit. De manière globale, la collaboration avec le Camp Management, la Cellule de Crise du gouvernement et les autres ONG sur le terrain nous permet d'aboutir. En mettant en avant les besoins des enfants de retrouver leur environnement familial, nous essayons d'être un levier entre ces deux instances.

¹ Cela signifie qu'une personne vivant en dehors du camp doit se porter garante de celle qui souhaite le quitter.

Pour plus d'informations sur nos projets, voir la rubrique Nos actions sur le site de TGH.

En Bref…

Janvier 2017  :
En ce début d'année 2017, TGH a mis un terme à ses actions débutées en 2005 au Timor-Leste. Durant douze années, TGH aura mis en œuvre 17 programmes dans les domaines de l'accès à l'eau, à l'hygiène et à l'assainissement et de la protection des populations vulnérables.

17 janvier 2017 :
TGH organisait un nouveau Café humanitaire au café de la Cloche à Lyon 2ème. La rencontre sur le thème « Questions d'Humanitaire : Travailler en Ukraine » a réuni un peu plus de 70 personnes. Voir un extrait ici

18 janvier 2017 :
Pour la cinquième année consécutive TGH a pris part au Forum des Métiers organisé par Sciences Po Lyon.

13 février 2017  :
A la suite de recrudescence des tensions à l'est de l'Ukraine, TGH publie un communiqué de presse pour annoncer sa contribution aux efforts engagés par les organisations humanitaires en vue d'atténuer les conséquences du conflit sur les populations.

21 février 2017 :
TGH a participé à un stage avec l'équipe de football Lyon Duchère AS. Les jeunes sportifs du club ont pu discuter des actions de TGH au Congo Brazzaville et préparer la distribution de colis de matériel sportif et scolaire pour les enfants de Brazzaville.

1er mars 2017 :
TGH a pris part à la conférence « La guerre en Ukraine : enjeux stratégiques, diplomatique et humanitaires » organisée par l'Université Lyon 2. Une centaine de personnes étaient présentes à la rencontre. Si vous n'avez pas pu y assister, il vous est toujours possible de la revoir ici ou d'en avoir un aperçu en images.

3 mars 2017 :
TGH a participé au Forum de rencontres de professionnels organisé par le réseau national d’étudiants ENACTUS, à Lyon.

8 mars 2017 :
Dans le cadre de la journée mondiale des droits des femmes, TGH et ses partenaires au Kurdistan irakien – le Norwegian Refugee Council (NRC), Judy Organisation for Relief and Development (JORD) et l'organisation suédoise Qandil – ont organisé des sessions de sensibilisation sur la protection juridique des femmes et contre les violences basées sur le genre.

8 au 10 mars 2017 :
TGH a participé à la 16ème édition du Forum des ONG de l'institut Bioforce à l'occasion duquel des stagiaires ont pu rencontrer et échanger avec des membres de notre équipe.

16 mars 2017 :
A la maison du tourisme de Grenoble, TGH a participé à la conférence « La communication des ONG : à quel prix ? » organisée par les associations Idées et Humacoop.

3 avril 2017 :
TGH a participé à la conférence « La localisation de l'aide et l'application des principes humanitaires : Défis et Perspectives » organisée par l'Institut Bioforce et la revue Alternatives Humanitaires.

8 avril 2017 :
TGH a participé au colloque « L'humanitaire : s'adapter ou renoncer » organisé par le Diplôme Universitaire d'Action humanitaire de la Faculté de médecine de l'Université de Bourgogne, à Dijon.


Café humanitaire

A venir

CAFE HUMANITAIRE

" Le mardi 2 mai à 19 h au Café de la Cloche à Lyon 2ème, nous organisons notre troisième Café humanitaire sur le thème :
« Questions d'Humanitaire : Travailler au Kurdistan irakien »